Au-delà de l’effet de mode et la crise du COVID, je cherche à expliquer en cinq épisodes les raisons de l’engouement actuel pour la course à pied.
Episode 5 : La course à pied, victime en transition
« Quand le passé n’éclaire plus l’avenir, l’esprit marche dans les ténèbres ».
Cette citation de Tocqueville guide notre démarche de compréhension de l’engouement actuel pour la course à pied. Si cette pratique voit ses adeptes augmenter sans cesse, c’est essentiellement dû au renouvellement des modalités de pratique et la pluralité des imaginaires mobilisés. Si cette effervescence pédestre peut être considérée comme un indicateur encourageant de la sportivisation de la France et de la bonne santé de sa population, sans oublier les retombées économiques générées pour les différents prestataires et les territoires, elle fait l’objet de questionnements divers.
Tout d’abord, elle génère un problème de dénombrement. C’est ainsi qu’en 2024, on observe des différences à propos du volume total de coureurs recensés (entre 12,2 et 15 millions), dans le cadre événementiel (entre 2,8 et 5,1 millions de dossards) ou encore par modalités de pratique entre le nombre de joggeurs (entre 8 et 10,5 millions), de coureurs sur route (entre 1,8 et 2,9 millions) et de traileurs (entre 1,8 et 2,2 millions). Ces écarts s’expliquent par des méthodologies d’échantillonnage différentes entre les instituts qui mènent les enquêtes et posent des problèmes aux acteurs concernés pour évaluer finement le marché et accompagner le mieux possible les différents usagers de la pratique.
Ensuite, elle pose des questions aux différents acteurs confrontés à de nouveaux enjeux sociétaux et à des contraintes économiques, environnementales et juridiques de plus en plus drastiques.



L’Etat, la FFA et les Collectivités Territoriales se questionnent sur les enjeux de santé publique par rapport à des problèmes de blessures, d’addictions ou encore de conduites dopantes. Ils sont liés à l’augmentation des fréquences d’entraînement et de participation à des compétitions, mais aussi à la diffusion des pratiques ultras qui s’accompagnent d’un durcissement progressif des épreuves et d’une quête de performance favorisant la prise d’AINS.
La préservation de l’environnement qui s’accommode mal d’un nombre croissant de coureurs sur les sentiers, concerne de plus en plus ces mêmes institutions. Elles se demandent comment mieux partager l’espace public, comment ralentir et devenir plus sobre, comment accompagner une démarche plus éco-responsable comment élaborer des critères d’éco-conditionnalité et comment évaluer les résultats obtenus, en la matière ?
Le financement devient crucial pour tous les acteurs et notamment pour les organisateurs d’événements car la nouvelle équation à résoudre entre le souhait de limiter le nombre d’inscrits pour des raisons écologiques et une rentrée d’argent suffisante pour équilibrer un budget de plus en plus serré, n’est pas aisée. En effet, ce dernier est de plus en plus grevé par des subventions publiques moindres, une concurrence accrue sur un marché devenu mondial et des surcoûts en matière de sécurité, d’écologisation et de communication et de l’offre.
De beaux chantiers en perspective pour tous les acteurs de l’univers course à pied qui doivent travailler davantage ensemble pour mieux gérer cet engouement afin de renter vraiment en transition. Ce dernier épisode s’inspire d’une réflexion commune menée avec mes amis chercheurs Bruno Lapeyronie et Florian Lebreton.


Pour en savoir plus, se reporter à mes deux ouvrages : « Courir sans entraves » et « Courir sans limites. La révolution de l’ultra-trail (1990-2025) ».
