A l’heure où les personnes présentes se multiplient sur les sentiers pour accompagner et encourager les ultra-traileurs lors d’un événement, entraînant une surfréquentation des lieux et des impacts négatifs pour l’environnement, la question de l’autorisation par le règlement d’assister individuellement un coureur mérite d’être posée.

En effet, si dans de nombreux cas de figure le nombre de coureurs est globalement stabilisé aujourd’hui, la croissance des personnes réalisant l’assistance privée des coureurs est en augmentation. Ce constat s’explique par le souci exacerbé de rationnaliser la performance chez les coureurs qui nécessite d’optimiser et de sécuriser les apports nutritionnels et en boissons énergisantes à des moments clés du parcours, de minimiser la perte de temps et de pouvoir échanger avec des proches et avec son coach.

On peut rajouter sur le versant assistant, les bénéfices symboliques de valorisation sociale engendrés par le partage et la contribution à l’exploit de la personne assistée. Manière de vivre par procuration l’aventure et d’en tirer aussi certains profits proportionnels à la notoriété du trail, à l’image de ses épreuves mythiques (UTMB, Templiers, Diagonales des Fous…) qui explosent les compteurs. A la folie des dossards se surajoute la folie des assistants en tout genre !

Et pourtant, en dépit de ces plus ou moins bonnes raisons, n’est-il pas temps aujourd’hui d’interdire l’assistance privée et ce pour trois raisons au moins. Elle génère, tout d’abord, des inégalités sportives dans la mesure où elle rompt l’un des deux principes fondamentaux du sport à savoir l’égalité des chances au départ car tous les coureurs ne sont pas assistés et surtout ils ne le sont pas de la même manière. Ensuite, elle provoque des inégalités sociales car l’assistance à un coût temporel et financier endossable seulement par les coureurs appartenant aux groupes sociaux aisés qui vont recruter leur aide dans le même milieu. Enfin, elle provoque des impacts négatifs sur l’environnement en augmentant sensiblement les personnes qui se déplacent en voiture sur les routes et à pied sur les sentiers ce qui engendre une empreinte carbone supérieure, une dégradation des sentiers, une atteinte à la biodiversité, une gestion plus complexe des déchets et une consommation plus importante des ressources locales en eau notamment.

Exemple d’assistance sur Matthieu Blanchard lors de la course Barkley.

L’assistance privée auprès des ultra-traileurs entraîne des impacts sportifs, sociaux et environnementaux défavorables car cette discipline en pleine progression ouvre ses rangs à des amateurs sans grades, pratique des tarifs d’inscription de plus en plus élevés et se déroule sur des périmètres plus vastes et des temporalités plus étirées (plusieurs heures et la nuit) sources d’exposition plus grande à des impacts négatifs pour les territoires concernés.

Plus sociologiquement, cette forme d’assistance questionne sur l’évolution culturelle de la discipline qui en maximalisant l’intervention de tiers, contribue à sa domestication au détriment de son côté aventureux. Signes de contradiction de notre époque paradoxale, ces épreuves où chacun vient chercher sa dose d’aventure et éprouver ses limites, sont minutieusement organisées, encadrées et sécurisées.

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