À l’occasion du Marathon de Paris, Le 1 hebdo a consacré son numéro 588 (8 avril 2026) à la question « À quoi sert-il de courir ? ». Olivier Bessy y revient, dans un entretien mené par Emma Flacard, sur les transformations de la course à pied depuis un demi-siècle. L’échange prolonge les recherches réunies dans ses deux ouvrages « Courir, de 1968 à nos jours ».

UNE PRATIQUE ORDINAIRE LUE COMME UN FAIT SOCIAL
L’entretien aborde la course à pied non comme un simple geste sportif, mais comme un révélateur de son époque. Les raisons de courir, les lieux choisis et le profil des coureurs changent avec la société, même si l’humain a toujours couru, pour chasser, se déplacer ou se rencontrer.

Olivier Bessy commence par clarifier le vocabulaire. Il distingue l’athlétisme, pratique encadrée par la Fédération française d’athlétisme et tournée vers la compétition, de la course libre pratiquée hors des stades. Jogging, footing et running ne désignent pas tout à fait la même chose : ces mots traduisent des rapports différents au plaisir, à l’entraînement et à la performance.

UNE HISTOIRE EN TROIS TEMPS

  1. Les années 1960-1970 : dans le sillage de Mai 68, la course se diffuse autour des valeurs de liberté et de plaisir. Les grandes courses hors stade, ouvertes à tous, naissent alors en dehors du cadre fédéral, comme Marvejols-Mende ou le Marathon de Paris.
  2. La fin des années 1980 : la course devient le support de récits de dépassement, avec la recherche de l’extrême et de destinations lointaines. Le Grand Raid de La Réunion en est l’un des symboles.
  3. Depuis la fin des années 2010 : les pratiques se fragmentent entre une quête de performance et une course plus solidaire ou attentive à l’environnement, à l’image des éco-trails.

DIFFUSION PLUTÔT QUE DÉMOCRATISATION
L’un des apports de l’entretien est une nuance de vocabulaire. Olivier Bessy parle de « diffusion sociale » plutôt que de démocratisation, car les catégories aisées restent surreprésentées parmi les coureurs. Les premiers champions de marathon venaient souvent de milieux ouvriers. Aujourd’hui, pour une partie des cadres et professions libérales, terminer un marathon ou un trail difficile prolonge la logique de performance de leur vie professionnelle et leur apporte une reconnaissance sociale. Le coût des inscriptions et des déplacements renforce ce déséquilibre.

UNE PRATIQUE EN RECOMPOSITION
L’entretien dresse aussi un portrait des coureurs actuels :

  • une féminisation réelle mais incomplète, qui recule à mesure que les épreuves deviennent plus extrêmes ;
  • l’arrivée de jeunes coureurs, souvent organisés via les réseaux sociaux, qui se lancent rapidement sur marathon ou semi-marathon ;
  • l’essor des « running clubs », groupes informels créés hors des clubs fédérés, qui font de la course un moment de sociabilité ;
  • de nouveaux terrains (forêt, montagne, plage) et de nouveaux horaires, de jour comme de nuit ;
  • l’adaptation des pouvoirs publics, avec par exemple le Pass prévention santé, un questionnaire de prévention qui remplace le certificat médical pour les majeurs non licenciés.

Vous pouvez lire l’entretien complet ci-dessous.

Entretien publié dans Le 1 hebdo n° 588, « À quoi sert-il de courir ? », 8 avril 2026. Propos recueillis par Emma Flacard. © Le 1 hebdo.

Pour aller plus loin :

  • Olivier Bessy, « Courir sans entraves », Cairn, 2022
  • Olivier Bessy, « Courir sans limites, la révolution de l’ultra-trail (1990-2025) », Outdoor Éditions, 2025

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