Dans cet article d’Alternatives Économiques, paru le 5 août 2026, la journaliste Sabine Loeb pose une question que je travaille depuis longtemps : la course à pied, le trail et le triathlon sont-ils des sports bourgeois ? Les chiffres de participation n’ont jamais été aussi élevés. Comme je le montre dans mon dernier ouvrage, Courir sans limites. La révolution de l’Ultra-Trail (1990-2025), les demandes de participation aux trails sont passées de 800 000 en 2015 à 1,5 million en 2024. Mais l’essor d’une pratique ne signifie pas pour autant sa démocratisation.
Le trail en offre une illustration nette. En 2009, les classes favorisées représentaient 47 % des participants de l’Ultra-trail du Mont-Blanc, alors qu’elles ne pesaient que 13,2 % de la population active. Il faut toutefois nuancer : moins une course est extrême et longue, plus le brassage social y est important.
Cette surreprésentation s’explique d’abord par des dispositions culturelles. Pour s’engager dans une discipline, il faut pouvoir s’y reconnaître. Il existe une consonance, ou au contraire une dissonance, entre les valeurs et les imaginaires de son milieu d’origine et ce que véhicule la pratique. Dans certains milieux populaires, courir un semi-marathon ne fait tout simplement pas partie de ce que l’on se projette à accomplir.
S’ajoutent ensuite des barrières plus concrètes. Le coût des inscriptions, des déplacements et du matériel compte, mais il n’explique pas tout. Les sports d’endurance demandent un entraînement régulier, difficile à concilier avec des emplois du temps contraints. C’est ce capital temporel et social, au-delà du seul capital financier, qui explique la surreprésentation des plus aisés. Ces mécanismes de reproduction ne sont cependant pas figés : on observe des régularités, qui varient selon les événements, les personnes, les lieux et les distances.
Enfin, s’aligner sur un ultra-trail ou un triathlon longue distance relève aussi d’une quête de reconnaissance. Les pratiquants en tirent des profits symboliques, à travers lesquels ils se valorisent socialement. Les sports d’endurance se diffusent donc dans la société, sans pour autant effacer les inégalités d’accès.
Lire l’article complet d’Alternatives Économiques (PDF)

Si cet article vous donne envie d’en savoir davantage, vous pouvez commander mon dernier ouvrage : « Courir sans limites. La révolution de l’Ultra-Trail (1990-2025) » qui évoque les enjeux de l’ultra-trail des années 1980 à aujourd’hui. A retrouver sur France Média Groupe.
